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Peut-on se faire mordre par un poisson du lac ?

La tribune des experts

Peut-on se faire mordre par un poisson du lac ?

Tout d’abord, qu’on se rassure. Si la réponse est oui, ou plutôt, ce n’est pas impossible, les cas restent toutefois extrêmement rares. 

Sur les 118 plages que compte le lac avec ses quelques centaines de milliers de baigneurs chaque saison, seuls deux cas de morsures ont été recensés ces dernières années sur le Léman :

  • en 2018 sur une fillette de 9 ans se baignant tranquillement du côté de Thonon. Son état avait nécessité une hospitalisation ;
  • il y a quelques années (la date reste inconnue), à Meillerie sur un pêcheur qui avait laissé ses pieds patauger dans l’eau depuis son bateau. 

Citons également ces deux cas proches du Léman :

  • en 2011 sur une baigneuse aux îles de Sion en Valais. La victime avait même vu un morceau de son maillot arraché. 
  • en 2022 dans un autre lac proche, le lac de Wohlensee, où une jeune femme s’est fait mordre depuis son paddle. Cinq points de suture avaient été nécessaires pour refermer la plaie.


Il existe a priori deux espèces pouvant mordre dans le Léman : le silure et le brochet. Les autres poissons carnivores se nourrissent de proies trop petites pour nous confondre avec leur menu habituel.  Certains ont évoqué le sandre, mais cette espèce est pour l’instant absente du lac, même si sa colonisation via le Rhône français n’est pas impossible à l’avenir, ni son introduction volontaire par l’homme, bien qu’illégale.

La seule autre espèce suffisamment grande serait la truite lacustre. Mais sa stratégie de chasse en mouvement et non à l’affût comme le font le brochet et le silure, la rend plus fuyante et nous préserve probablement de ses dents acérées. 

Alors silure ou brochet ? Qui étaient les agresseurs des témoignages reportés plus haut ?

En 2011, le mordeur était un silure, identifié à coup sûr par la baigneuse. Concernant le pied du pêcheur, le professionnel avait reconnu un brochet. En 2018, le mystère demeure mais un spécialiste avait penché pour un brochet au vu du type de blessure. Enfin, en 2022, la victime avait reconnu un brochet et le genre de blessure ne faisait aucun doute.

Pour faire la distinction entre silure ou brochet, il faut observer les traces laissées par la morsure. Le silure n’ayant pas de dents mais une sorte de râpe, comparable à une râpe à gruyère, il est incapable de déchirer la chair humaine. Sa gueule peut, par contre, râper la peau sur plusieurs centimètres, alors que les maxillaires acérées du brochet peuvent la transpercer. 

Mais ces poissons savaient-ils qu’ils avaient tenté d’embrocher un humain ? Non, il est fort probable qu’ils se soient tout simplement trompés de cible. A l’affût dans l’eau, sans doute affamés, ils auraient pris le mouvement de l’eau créé par ces personnes pour celui produit par leurs proies habituelles. Ces victimes étaient juste au mauvais endroit, au mauvais moment. 

Bref, à ce jour, et malgré des siècles de coexistence avec l’homme dans le monde, aucune attaque mortelle n’a été recensée, que ce soit avec le silure ou avec le brochet. La probabilité d’être mordu est quasi nulle mais si jamais cela vous arrive, mieux vaut subir la râpe d’un silure que les dents d’un brochet ! Bonnes baignades à toutes et à tous.

Le silure est un poisson au comportement le plus souvent très placide, comme le montre cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=zT3ijjVbprg

Le 6 mars 2023

Par Anne-Sophie Deville

Dre en écologie et Conservatrice adjointe au musée du Léman

Crédit image : Gilles San Martin

L'experte

Anne-Sophie Deville

Dre en écologie et Conservatrice adjointe au musée du Léman

Anne-Sophie Deville est docteur en écologie. Après sa thèse, puis diverses activités en communication scientifique, elle a rejoint le Musée du Léman en 2018. En parallèle, elle est très engagée dans la vulgarisation sur les réseaux sociaux, via son compte @anneso_what. 

C’est parce que le Léman est vaste, son fonctionnement complexe, sa faune et sa flore riche et dynamique, et surtout, parce qu’il n’y a pas de questions bêtes, que le musée du Léman propose cette tribune dédiée aux questions du grand public. Des experts issus de disciplines variées feront de leur mieux pour vous répondre. Vous avez une question sur le Léman ? Posez-la-nous ici, nous la transmettrons à notre meilleur(e) expert(e) !